MEMORANDUM DE
A
« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix.»
(Jn 14, 27)
INTRODUCTION
1. La
promotion de la paix dans le monde fait partie intégrante de la mission par
laquelle l’Eglise continue l’œuvre rédemptrice du Christ sur la terre. De ce
fait, l’Eglise est, dans le Christ, « sacrement », c’est-à-dire
« signe et instrument de paix dans le monde et pour le monde »[1].
La promotion de la vraie paix est une expression de la foi chrétienne dans
l’amour que Dieu nourrit pour chaque être humain. De la foi libératrice en
l’amour de Dieu dérivent une nouvelle vision du monde et une nouvelle façon de
s’approcher de l’autre, qu’il s’agisse d’un individu ou d’un peuple
entier : c’est une foi qui change et renouvelle la vie, inspirée par la
paix que le Christ a laissée à ses disciples : Je vous laisse la paix, je vous
donne ma paix …. (Cfr. Jn 14, 27)
La
paix est devenue une valeur et un devoir universel ; elle trouve son
fondement dans l’ordre rationnel et moral de la société dont les racines sont
en Dieu lui-même, source première de l’être, vérité essentielle et Bien
suprême. La paix n’est pas simplement l’absence de guerre ni même un équilibre
stable entre des forces adverses, mais elle se fonde sur une conception
correcte de la personne humaine et requiert l’édification d’un ordre selon la
justice et la charité.
Eu
égard à cela,
LES
AVANCEES MAJEURES
2.
Pour
mieux tirer tout le profit de cette
rencontre et appréhender les différents enjeux de la situation dans le Nord et le
Sud Kivu,
-
-
-
La
guerre comme moyen pour résoudre les problèmes entre les habitants s’avère
inutile et doit être condamnée de la manière la plus absolue. Elle manifeste un
mépris total de la vie humaine et ne peut être justifiée;
-
La
conférence de Goma doit être un espace de dialogue entre les habitants de
-
Par
les élections, avec l’appui massif de la communauté internationale, le peuple
congolais s’est doté d’institutions démocratiques. Il serait inacceptable que
la conférence de Goma remette en question lesdites institutions ou qu’elle
devienne un nouveau lieu de partage du pouvoir en marge des mécanisme constitutionnels. Ce serait un retour en
arrière avec risque d’éternel recommencement et pour corollaire l’encouragement
de rebellions récurrentes pour raison de partage du pouvoir. Ce serait
installer durablement la violence comme mode d’acquisition et de conservation
du pouvoir et en quelque sorte institutionnaliser la violence politique. Que
toute modification de la configuration politique du pays passe désormais par
les institutions républicaines démocratiquement établies à travers les urnes.
Toute nouvelle initiative doit être dirigée vers le renforcement des institutions
démocratiquement élues.
-
En
conséquence, les conférenciers formuleront des recommandations à l’appréciation
du gouvernement ou du parlement pour compétence et délibération. Ces organes
établiront les cas échéant un chronogramme d’exécution avec des mécanismes
observables et partagés de vérification aussi bien au niveau local, national
qu’international.
-
La
Conférence de Goma s’abstiendra de légiférer en lieu et place d’institutions
constitutionnelles. Celles-ci à leur tour réserveront aux recommandations de
Goma le bénéfice d’urgence.
LE CONTEXTE
3. L’évaluation de la situation
réelle confirme ce que tout le monde sait, à savoir :
-
Le
Kivu vit une situation de guerres récurrentes ;
-
Il
y existe un activisme guerrier de certains groupes ethniques arguant leur
exclusion ou leur mépris par les autres habitants de la région ;
-
On
y note une présence nuisible des groupes armés d’origine étrangère;
-
On
y constate un activisme réactionnaire de certains groupes armés qui
revendiquent de défendre les terres de leurs ancêtres.
Tous
ces éléments réunis ont rendu difficile la cohabitation pacifique entre les
habitants de la région.
LES
CAUSES
4.
En
examinant cette situation, forte de messages antérieurs des Evêques et
actualisés par les résultats de la récente enquête initiée par ses services,
Au niveau interne :
·
un réel problème
d’intégration des populations :
certains habitants au Kivu ne se sentent pas entièrement intégrés à la
communauté nationale ;
·
des problèmes fonciers : la désappropriation
des terres arables au profit des éleveurs, créant ainsi un conflit permanent
entre les cultivateurs et les propriétaires des grands domaines pastoraux ;
·
un problème de conquête du pouvoir: l’exploitation de la haine
et de la division ethniques est devenue une nouvelle idéologie au service de
politiciens pour la conquête ou la
conservation du pouvoir ;
·
une question de gestion et d’accès aux ressources naturelles : tout montre que le
contrôle des espaces où il y a des ressources naturelles est une des causes
majeures de la guerre au Kivu (Cfr le rapport du Panel des Nations Unies,
l’enquête de Human Rights Watch sur l’exploitation de l’or, le rapport
Lutundula ou les différentes mises en garde de Institute Rescue Comittee). On se bat là où il y a des richesses que l’on veut
exploiter : la guerre devient un paravent pour couvrir le pillage des
ressources. On y exploite aujourd’hui le pyroclore, le coltan, l’or, le diamant, la cassitérite… et le pétrole en
perspective;
·
La conduite de certains hommes politiques
congolais, caractérisée
par la corruption, l’absence de moralité
politique et le manque de dignité est avérée : à cause de l’argent, certains
politiciens congolais sont prêts à vendre leur pays. La débâcle au Kivu est la
conséquence d’une série de comportements irresponsables et traîtres des
Congolais eux-mêmes.
Il
faut ajouter à cela que si cette situation perdure, c’est parce que le pays ne
dispose pas encore d’une armée à même de protéger ses frontières et sa
population.
Au
niveau externe :
·
l’attitude non moins ambiguë de la
communauté internationale face au problème des réfugiés, face à la démocratie
dans la région des Grands Lacs, face à
la mission de maintien de la paix par
·
l’attitude manifestement
hostile de
certains pays voisins, après avoir signé et ratifié le Pacte de Naïrobi sur la
sécurité, la stabilité et le développement dans les pays des Grands Lacs (26
décembre 2006) ;
·
l’affairisme des
multinationales
autour des ressources naturelles : il apparaît clairement que la guerre au
Kivu est une guerre économique dont l’enjeu demeure incontestablement l’exploitation
des richesses du sol et du sous-sol. Des agents des multinationales sont
particulièrement actifs dans cette région pour vendre des armes en des
ressources naturelles et conseiller les chefs des groupes armés à persévérer
dans cette aberration.
La
place géostratégique de
LES
CONSEQUENCES
5.
Les
conséquences de cette situation sont énormes :
·
Des
millions de morts : une hécatombe sans pareille, mais jamais dénoncée ;
·
Des
populations condamnées à l’errance : l’exode rural avec comme conséquence
la surpopulation des villes et de grandes cités, l’abandon forcé du secteur
agricole, la non scolarisation des enfants, etc. ;
·
Des
déplacements forcés des personnes dans
des conditions inhumaines ;
·
Des
viols massifs des femmes et des violations à grande échelle des droits de la
personne humaine ;
·
Des
tueries systématiques organisées au jour le jour sans que les coupables ne
soient appréhendés ;
·
Des
destructions des infrastructures et de l’environnement: des villages incendiés,
des ponts coupés, des domaines agricoles et pastoraux ravagés, etc;
·
Des
recrutements de mineurs dans les rangs des groupes armés;
·
Un
pillage systématique des ressources naturelles ;
·
Un
appauvrissement accéléré des populations ;
·
Une
exacerbation des clivages ethniques : l’enracinement de la mémoire de vengeance entre les ethnies.
RECHERCHE
DES SOLUTIONS
6.
·
Ils
doivent se concentrer sur les causes réelles du conflit au Kivu et ne pas se
contenter des causes apparentes. Pour ce faire, des questions de fond doivent être posées :
-
Quelles
sont les vraies revendications des uns et des autres ?
-
Qui
arme les milices ?
-
La
présence des Interahamwe et apparentés aux portes du Rwanda n’est-elle pas
l’une des causes profondes de la déstabilisation de la région du Kivu ?
-
Qu’adviendrait-il
si les quatre cents ethnies du Congo prenaient les armes pour faire
entendre chacune sa voix ?
INTERPELLATION
7.
8.
9. La CENCO demande au niveau de
la sous-région le respect du droit national et international, notamment les
droits des Etats, des groupes humains et des individus ;
10. A
11. Aux dirigeants de notre pays
qui ont pris l’initiative de cette conférence, l’occasion leur est donnée de se montrer responsables.
12. La CENCO exhorte le
Gouvernement à « ne pas décevoir
les attentes de la nation » qui veut voir la paix, la sécurité et le
développement devenir une réalité pour le grand bien de notre population.
13. La CENCO est convaincue qu’il
n’y a pas de paix sans justice. L’impunité encourage de nouvelles velléités
insurrectionnelles.
CONTRIBUTION
14. En guise de contribution à la stabilisation de
la région,
Le poids du passé, qui ne peut être
oublié, ne peut être accepté qu’en présence d’un pardon réciproquement
offert et reçu : il s’agit d’un parcours long et difficile,
mais pas impossible.[2]
Le pardon réciproque que nous
exigeons de tous ne doit pas annuler les exigences de la justice ni, encore
moins, barrer le chemin qui conduit à la vérité : justice et vérité
représentent plutôt les conditions concrètes de la réconciliation.
Nous souhaitons de tout cœur que
cette conférence soit le lieu de la justice, de la vérité et de la
réconciliation, en vue de parvenir au rétablissement de relations d’accueil
réciproque entre les peuples divisés, sous le signe de la réconciliation.
Nous souhaitons, en enfin, que cette
conférence soit le lieu de la promotion du respect du droit à la paix :
ce droit favorise la construction d’une société à l’intérieur de laquelle les
rapports de force sont remplacés par les rapports de collaboration en vue du
bien commun.
La CENCO souhaite que cet
énième rassemblement constitue une mise en route décisive pour la paix, la
sécurité et le développement de la Nation congolaise.
15. Puisse l’Emmanuel, Dieu avec
nous, nous ouvrir à la grande Espérance qui, seule, peut nous mobiliser à
affronter notre présent et à préparer un avenir de paix, de justice et de
bonheur.
16. Le présent mémorandum
constitue la contribution de la CENCO à la conférence pour la paix, la sécurité
et le développement au Nord et au Sud Kivu.
Fait à Kinshasa, le 05 janvier 2008.
+ S.E Monseigneur Théophile KABOY
Evêque de KASONGO
Président de
Délégué de